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Bénin – Audience solennelle d’installation à Dassa-Zoumè

Jacob FIDEGNON et Sowhannou Gutemberth Adelain Armel AZODOGBEHOU entrent officiellement en fonction

Ne l’appelez plus « chef-lieu sans tribunal » ! Ainsi en a décidé la réforme de la justice qui a favorisé la mise en place d’un tribunal d’instance à Dassa-Zoumè. La cérémonie officielle d’installation du Président et du Procureur de la République près le tribunal de première instance de deuxième classe de Dassa-Zoumè a eu lieu le vendredi 21 mai 2021, au cours d’une audience publique solennelle, dans la grande salle d’audience du tribunal. Les robes rouges s’installent sur l’estrade, tandis que les invités prennent place sur les chaises qui leur sont réservées. Dehors, un cordon serré de policiers assure la sécurité des lieux. On n’y entre que sur port de son masque de protection en raison de la crise sanitaire. La cérémonie d’installation s’est faite en présence de la cour présidée par le premier président, Jacques M. HOUNSOU assisté de quatre conseillers assesseurs.

Le ministère public a été assuré par le Procureur Général, Marie-Josée PATHIVOH, assisté de deux substituts Généraux. La plume d’audience a été tenue par le greffier en chef de la cour d’appel d’Abomey. Outre le rapprochement de la justice des justiciables, l’opérationnalisation de cette nouvelle juridiction permettra de rendre véritablement justice au Bénin. Le Procureur Général a ensuite exprimé aux tous premiers magistrats ses vives félicitations avant de leur prodiguer de sages conseils. « Vous êtes appelés à faire œuvre des pionniers. Ceux appelés à fixer les fondations de cette juridiction sur des bases solides et correctes. Les populations de Dassa-Zoumè attendent de vous beaucoup de patience, d’impartialité et de probité », a prévenu Marie-Josée PATHIVOH. 

Cette curieuse déclinaison de la traditionnelle dyarchie désignant le président et le procureur de la république qui dirigent les juridictions est caractéristique de la justice béninoise. Jacob FIDEGNON et Sowhannou Gutemberth Adelain Armel AZODOGBEHOU entrent officiellement en fonction en qualité de Président du tribunal de première instance de deuxième classe de Dassa-Zoumè et de Procureur de la République près ledit tribunal. Spécificité de cette cérémonie, les deux chefs sont de la même promotion.

Sowhannou Gutemberth Adelain Armel Azodogbèhou est désormais le premier président installé de cette juridiction. Le Président Jacques M. HOUNSOU a rappelé comment ce dernier a mis « toute son énergie pendant des années au service de la justice béninoise en conduisant notamment avec succès, et même brio, les tâches qui lui sont confiées au rang de juge de siège ». La richesse de son parcours, jalonné de postes stratégiques et de missions spécifiques s’affiche comme le gage d’une pleine réussite pour les nouvelles fonctions qui l’attendent. Déjà « apprécié et reconnu pour sa compétence, son humanité et son pragmatisme », lorsqu’il était à Allada, le voilà face à de nouveaux challenges. « Les défis sont immenses, la tâche exaltante. Vous verrez qu’ici, tout est particulier », s’est amusé le Président Jacques M. HOUNSOU, en jouant sur les spécificités de l’aspect rural de Dassa-Zoumè. « Ici, vous n’allez pas appliquer le droit de Cotonou ou de Porto-Novo car il s’agit de la justice rurale ». 

La cérémonie a enregistré la présence de plusieurs autorités judiciaires du Bénin, notamment l’Inspecteur à la chancellerie Bignon ADJOBIMEY, du préfet p.i du département des Collines Aimé Firmin KOUTON, du maire de la commune de Dassa-Zoumè Nicaise FAGNON ainsi que de plusieurs parents et amis. 

« La justice sans les juges c’est la barbarie, mais la justice sans les avocats c’est la tyrannie », a attaqué presque d’entrée de jeu le représentant de l’ordre national des avocats du Bénin. Cette cérémonie d’installation marque une claire volonté de rendre justice aux justiciables dans un délai raisonnable. Le représentant du Bâtonnier porte le vœu que « Les audiences de mise en état puissent être rénovées et les plaidoiries discussions développées afin que le temps de la procédure civile soit un temps judiciaire plus dynamique et plus riche d’échanges entre les juges et les avocats ». Il a salué l’initiative du rapprochement de la justice des populations tout en exhortant les autorités de l’État à mettre les moyens matériels nécessaires à la disposition des juridictions pour leur meilleur fonctionnement. « C’est ainsi que, estime-t-il, les magistrats pourront donner le meilleur d’eux-mêmes, pour permettre une justice équitable, saine, dans toute sa sérénité requise ».

En réponse à ses défis de taille, le discours de Sowhannou Gutemberth Adelain Armel Azodogbèhou s’est voulu rassurant, rassembleur, favorable à la concorde. « Juger est une mission complexe, au carrefour des compétences juridiques. Cela suppose de nombreuses qualités au premier rang desquelles l’humilité, dont le droit d’exercer le monopole de la contrainte légitime à l’égard de nos concitoyens nous oblige, d’abord vis-à-vis de nous. Nous sommes les héritiers mais aussi et surtout les gardiens de valeurs qui ont fait de notre société au fil des siècles un État de droit, qui soumet l’exercice de l’action publique et individuelle à des règles juridiques dont nous sommes les dépositaires. Nous sommes aussi les légataires de valeurs juridiques à valeur universelle », a-t-il débuté avant de procéder à l’installation du juge au tribunal, Mawouéna Fidèl TOHOUENOU et du juge d’instruction, Mahumin Martophe GUENON. A leur suite, Sowhannou Gutemberth Adelain Armel Azodogbèhou a installé Marcel OUNTIN dans ses fonctions de substitut du procureur de la République près le tribunal de DASSA-ZOUME.

Plusieurs avocats et magistrats se sont déplacés pour donner sens à cette activité solennelle.

L’ambiance est bon enfant ; dehors, un groupe folklorique attend la fin de la cérémonie pour animer. Inutile d’espérer perturber le programme élaboré pour la circonstance, la police républicaine veille.

Des réformes devront être mises en œuvre pour un changement de paradigme. « Les populations de Dassa-Zoumè et de Glazoué bénéficieront de délais de jugement raisonnables relatifs aux matières qui touchent leur quotidien » a confié Jacob FIDEGNON. 

Le tribunal offre les bureaux les mieux équipés au Bénin. Est-ce fait à dessein? Sans doute, car les juges ici auront à dire le droit mais en face de populations rurales. Il leur faut le confort nécessaire afin de se retrouver dans de meilleures conditions de travail pour délibérer : ce défi a été très bien relevé. À la sortie de la cérémonie d’installation, les avocats avaient suspendu leur robe au siège de leur voiture. Les invités, quant à eux, étaient conviés à se rendre à l’hôtel JECO pour la restauration. 

L’éthique et la pédagogie pour lutter contre le populisme

Le nouveau président du Tribunal de première instance de deuxième classe de Dassa-Zoumè, Sowhannou Gutemberth Adelain Armel Azodogbèhou, a fixé ses priorités. Il s’est dit soucieux de la perte de confiance des citoyens à l’égard des institutions et notamment de la justice. La lutte contre ce phénomène, passe à ses yeux par le respect des règles déontologiques : « Rendre la justice exige au quotidien une vigilance déontologique qui donne à l’acte de juger une dimension supplémentaire. C’est pour le juge un impératif aussi nécessaire que respecter la loi. C’est pourquoi, il est si important que le « savoir être » se conjugue avec le « savoir-faire ». Il entend également communiquer « afin d’exposer les enjeux judiciaires auxquels nous sommes confrontés et les conditions dans lesquelles nous y faisons face. La pédagogie, l’appel à l’intelligence collective sont les meilleurs moyens pour combattre les idées réductrices du populisme ».

Au-delà des aspects matériels, il est important de rappeler qu’un tribunal n’est pas seulement la maison des juges et des greffiers. C’est aussi la maison des avocats et de l’ensemble des auxiliaires de justice.

Les avocats, pivots de la justice pour le Procureur de la République

« Pour ma part, et avec mes collègues, je m’inscris avec conviction dans un mouvement profond de respect à l’égard des avocats, dont l’ultime bénéficiaire n’est autre que le justiciable, ne le perdons pas de vue, a expliqué le Procureur de la République près le tribunal de Dassa-Zoumè Jacob FIDEGNON. Ce dernier attend de nous, hommes et femmes de robe, avocats et magistrats, qu’ensemble nous lui rendions une justice équilibrée, dans sa double dimension, rétributive et réparatrice ».

Avec l’installation des nouvelles juridictions, il en ressort que les cours et les tribunaux sont très proches des justiciables et également répartis, sur l’ensemble du territoire national.

Author

Hugues Hector ZOGO

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