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Chroniques républicaines

CHRONIQUE RÉPUBLICAINE – Penser l’unité nationale

« Fraternité, justice, travail… et après ? », est-ce que nous donnons la chance à notre peuple de former un pays uni. Les bougies ne suffisent pas à éteindre l’incendie de la haine, les chaînes humaines sont impuissantes à raccommoder les déchirures de notre tissu social. Alors il nous faut agir. La fermeté des pouvoirs publics et de la justice est un préalable. L’engagement des défenseurs de la liberté de pensée est une nécessité. Sans perdre de vue que la meilleure défense de la liberté de penser, c’est encore de penser : penser les causes de ce qui nous arrive ; penser les maux que ces actes révèlent ; penser les moyens de guérir une société profondément blessée.

Rebâtir notre nation, telle est le devoir que j’assume en livrant ce texte. C’est une modeste contribution à la réflexion pour que, face aux manières diverses et actuelles d’éliminer ou d’ignorer les autres, nous soyons capables de réagir par un nouveau rêve de fraternité et d’amitié sociale qui ne se cantonne pas aux mots.

Je nous rappelle que la fraternité désigne le principe de solidarité universelle qui fait tous les êtres humains solidaires, du seul fait d’être humain, d’un bout à l’autre de la planète. Et l’’amitié sociale exprime quant à elle tout ce qui nous lie ensemble en un lieu, et dans une communauté déterminée. La fraternité universelle et l’amitié sociale constituent partout deux pôles inséparables et coessentiels. Les séparer entraîne une déformation et une polarisation préjudiciables. Sans donc séparer l’une de l’autre, la notion d’amitié sociale désigne la possibilité même et les raisons de former un pays uni.

Il est quelque chose de fondamental et d’essentiel à reconnaître pour progresser vers l’amitié sociale et la fraternité universelle : réaliser combien vaut un être humain, combien vaut une personne, toujours et en toute circonstance. Toute transgression de ce principe premier fragilise la cohésion nationale. En cela, tout est lié, et c’est le drame de notre débat public actuel de ne pas percevoir que tout se délie ensemble, dès lors que la valeur absolue et non négociable de tout être humain n’est plus reconnue et servie.

La cohésion d’un pays se construit par les plus fragiles. L’amour de l’autre pour lui-même nous amène à rechercher le meilleur pour sa vie. Ce n’est qu’en cultivant ce genre de relations que nous rendrons possibles une amitié sociale inclusive et une fraternité ouverte à tous. La recherche de l’amitié sociale n’implique pas seulement le rapprochement entre groupes sociaux éloignés après une période conflictuelle dans l’histoire, mais aussi la volonté de se retrouver avec les secteurs les plus appauvris et vulnérables. La cohésion nationale ne peut faire l’économie d’une solidarité avec les plus pauvres. Ce n’est que la proximité avec les pauvres qui fait de nous leurs amis, qui nous permet d’apprécier profondément leurs valeurs actuelles, leurs légitimes désirs et leur manière propre de vivre la foi. L’option pour les pauvres doit nous conduire à l’amitié avec les pauvres.

L’amour qui s’étend au-delà des frontières a pour fondement ce que nous appelons l’amitié sociale dans chaque ville ou dans chaque pays. Lorsqu’elle est authentique, cette amitié sociale au sein d’une communauté est la condition de la possibilité d’une ouverture universelle vraie. Il ne s’agit pas du faux universalisme de celui qui a constamment besoin de voyager parce qu’il ne supporte ni n’aime son propre peuple. L’amour authentique, à même de faire grandir, et les formes les plus nobles d’amitié résident dans des cœurs qui se laissent compléter. Former des cœurs qui se laissent compléter, c’est tout l’enjeu de l’éducation à la fraternité : que se passe-t-il sans une fraternité cultivée consciemment, sans une volonté politique de fraternité, traduite en éducation à la fraternité, au dialogue, à la découverte de la réciprocité et de l’enrichissement mutuel comme valeur ? Ce qui se passe, c’est que la liberté s’affaiblit.

Chaque fois que, en tant que personnes et communautés, nous apprenons à viser plus haut que nous-mêmes et que nos intérêts particuliers, la compréhension et l’engagement réciproques se transforment […] en un domaine où les conflits, les tensions et aussi ceux qui auraient pu se considérer comme des adversaires par le passé, peuvent atteindre une unité multiforme, nous sommes face à une nouvelle vie. Les médias ont une responsabilité éminente dans la fabrication de cette unité par dépassement du conflit. Comment ne pas déplorer que la recherche permanente du clash et du buzz, pour de médiocres objectifs d’audience et de rentabilité, ne les éloignent si souvent de cette mission essentielle ? Le foyer principal de la question se trouve évidemment sur les réseaux qui n’ont souvent de sociaux que le nom. Les relations virtuelles, qui dispensent de l’effort de cultiver une amitié, une réciprocité stable ou même un consensus se renforçant à la faveur du temps, ne sont sociales qu’en apparence. Elles ne construisent pas vraiment un ‘‘nous’’ mais d’ordinaire dissimulent et amplifient le même individualisme qui se manifeste dans la xénophobie et le mépris des faibles. La connexion numérique ne suffit pas pour construire des ponts, elle ne suffit pas pour unir l’humanité.

Reconnaître chaque être humain comme un frère ou une sœur et chercher une amitié sociale qui intègre tout le monde ne sont pas de simples utopies. Cela exige la décision et la capacité de trouver les voies efficaces qui les rendent réellement possibles. Tout engagement dans ce sens devient un exercice suprême de la charité. En effet, un individu peut aider une personne dans le besoin, mais lorsqu’il s’associe à d’autres pour créer des processus sociaux de fraternité et de justice pour tous, il entre dans le champ de la plus grande charité, la charité politique.

Puissent les personnes averties de cette génération prendre tout leur part de responsabilité au service de la cohésion nationale, comme avant elles celles des générations précédentes qui ont fait le Bénin.

Hugues Hector ZOGO

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Hugues Hector ZOGO

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