Hugues Hector ZOGO

Hugues Hector ZOGO

Fondateur

Responsables de la vie politique de notre pays,

Artisans de la vie économique, sociale et culturelle,
Personnalités, qui espérez un monde fraternel et solidaire,
Vous tous, hommes et femmes, qui désirez la paix !

Nous prenons un nouveau départ au sein de notre communauté. Nous avons à cœur plein d’interrogations et d’angoisses, mais aussi la richesse en espoir et en possibilités. Mon appel de ce jour à la paix jaillit du plus profond de mon cœur, et je sais que je rejoins le désir de beaucoup d’hommes et de femmes qui aspirent à la fraternité dans un monde divisé.

Le message que je vous envoie est à la fois simple et exigeant car il regarde chacun de vous personnellement, il invite chacun à apporter sa part de collaboration à l’établissement de la paix dans le monde sans se décharger sur les autres. On ne peut s’empêcher aujourd’hui d’être frappé par les ombres et les menaces, sans oublier pour autant les lumières et les espoirs. Vraiment, la paix est précaire, et l’injustice abonde. Des guerres implacables sont en cours en plusieurs pays; et elles se prolongent malgré l’accumulation des morts, des deuils, des ruines, et sans que l’on progresse apparemment vers une solution. La violence et le terrorisme fanatique n’épargnent pas d’autres pays, et ce sont les innocents qui, trop de fois, en font les frais, tandis que les passions s’exacerbent et que la peur risque de conduire aux extrêmes. Dans de nombreuses régions, les droits de l’homme sont violés, les libertés bafouées, les emprisonnements maintenus injustement, des exécutions sommaires perpétrées pour des raisons partisanes.

La guerre naît dans l’esprit de l’homme. C’est ma profonde conviction, c’est, j’espère, l’intuition de beaucoup d’hommes de bonne volonté, que la guerre prend naissance dans le cœur de l’homme. C’est l’homme qui tue, et non pas son épée ou, aujourd’hui, ses missiles. Par le cœur, l’homme est sensible aux valeurs absolues du bien, à la justice, à la fraternité, à la paix. Le dérèglement du cœur est notamment celui de la conscience lorsqu’elle appelle bien ou mal ce qu’elle entend choisir au gré de ses intérêts matériels ou de sa volonté de puissance. Même la complexité de l’exercice du pouvoir n’empêche pas qu’il y a toujours une responsabilité de la conscience individuelle dans la préparation, le déclenchement ou l’extension d’un conflit. Mais cette conscience est souvent sollicitée, pour ne pas dire asservie, par des systèmes socio-politiques et idéologiques qui sont aussi l’œuvre de l’esprit humain. Dans la mesure où les hommes se laissent séduire par des systèmes qui présentent une vision globale exclusive et presque manichéenne de l’humanité et font de la lutte contre les autres, de leur élimination ou de leur asservissement la condition du progrès, ils s’enferment dans une mentalité de guerre qui durcit les tensions et ils en arrivent à être quasi incapables de dialogue.

Une fois les combats déclenchés, l’hostilité ne fait que croître, car elle se nourrit des souffrances et des atrocités qui s’accumulent de part et d’autre. Il peut en résulter des psychoses de haine. Le fait de recourir à la violence et à la guerre vient donc en définitive du péché de l’homme, de l’aveuglement de son esprit et du dérèglement de son cœur, qui invoquent le motif de l’injustice pour développer ou durcir la tension ou le conflit. Oui, la guerre naît bien dans le cœur pécheur de l’homme, depuis la jalousie et la violence qui ont envahies le cœur de Caïn à l’encontre de son frère Abel selon l’antique récit biblique. Ne s’agit-il pas en réalité d’une rupture plus profonde encore, quand les hommes deviennent incapables de s’accorder sur le discernement du bien et du mal, sur les valeurs de vie dont Dieu est la source et le garant ? Cela n’explique-t-il pas la dérive du « cœur » de l’homme qui n’arrive pas à faire la paix avec ses semblables sur la base de la vérité, avec la rectitude de l’esprit et la bienveillance du cœur ?

D’un cœur nouveau surgit la paix. Si les systèmes actuels engendrés par le « cœur » de l’homme s’avèrent incapables d’assurer la paix, c’est le « cœur » de l’homme qu’il faut renouveler, pour renouveler les systèmes, les institutions, les méthodes. Je voudrais donc nous inviter à travailler notre cœur afin qu’il retrouve la clairvoyance et l’impartialité dans la liberté de l’esprit, le sens de la justice avec le respect des droits de l’homme, le sens de l’équité avec la solidarité mondiale entre riches et pauvres, la confiance mutuelle et l’amour fraternel. Œuvrons pour que les personnes, les peuples acquièrent une réelle liberté d’esprit pour prendre conscience des attitudes stériles du passé, du caractère fermé et partial de systèmes philosophiques et sociaux qui partent de présupposés discutables et réduisent l’homme et l’histoire à un champ clos de forces matérialistes. Œuvrons pour que ceux qui ne misent que sur la puissance des armes ou de l’économie, qui enferment les hommes dans des catégories toutes faites en opposition les unes aux autres, qui prônent des solutions à sens unique, qui font fi des réalités complexes de la vie des nations et empêchent celles-ci de les traiter librement parviennent à se remettre en cause. Cette transformation en profondeur de l’esprit et du cœur demande certes un grand courage, le courage de l’humilité et de la lucidité; elle doit atteindre la mentalité collective à partir de la conscience des personnes. Est-il utopique de l’espérer ? La paix n’est authentique que si elle est le fruit de la justice. L’esprit de guerre surgit et mûrit là où les droits inaliénables de l’homme sont violés. Ceux en effet qui sont tentés d’imposer leur domination rencontreront toujours la résistance d’hommes et de femmes intelligents et courageux, prêts à défendre la liberté pour promouvoir la justice. Je vous encourage pour cette audace que vous avez de pouvoir dire « non » quand il le faut, à quiconque tente d’abuser de la naïveté du peuple meurtri.  Puisqu’il faut en arriver à un cœur nouveau, promouvoir une mentalité nouvelle de paix, chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa place dans la société, peut et doit assumer réellement sa part de responsabilité dans la construction d’une paix véritable, dans le cercle où il vit, famille, école, entreprise, cité. Dans ses préoccupations, ses conversations et son action, il doit se sentir concerné par tous ses frères et sœurs qui font partie de la même famille humaine, même s’ils vivent aux antipodes. Mais évidemment la responsabilité comporte des degrés. Celle des Chefs d’Etat, des dirigeants politiques, est capitale pour l’établissement et le développement de relations pacifiques entre les différentes composantes de la nation et entre les peuples. Plus que d’autres, ils doivent être convaincus que la guerre est en soi irrationnelle et que le principe éthique du règlement pacifique des conflits est la seule voie digne de l’homme. Certes, on est bien obligé de prendre en considération la présence massive de la violence dans l’histoire humaine. C’est le sens du réel au service de la préoccupation fondamentale de la justice qui impose le maintien du principe de légitime défense dans une telle histoire. Mais les risques effroyables des armes de destruction massive doivent conduire à l’élaboration des processus de coopération et de désarmement qui rendent la guerre pratiquement impensable. Il faut gagner la paix. A plus forte raison, la conscience des responsables politiques doitelle leur interdire de se laisser entraîner dans des aventures périlleuses où la passion l’emporte sur la justice, d’y sacrifier inutilement la vie de leurs concitoyens, d’attiser les conflits chez les autres, de prendre prétexte de la précarité de la paix dans une région pour étendre leur hégémonie à de nouveaux territoires. Ces dirigeants doivent peser tout cela en leur âme et conscience et bannir le machiavélisme; ils en rendront compte à leurs peuples et à Dieu. Mais je redis que la paix est le devoir de tous. A vous tous qui faites œuvre d’éducation auprès des jeunes et des adultes : c’est à vous qu’est confiée la formation de l’esprit de paix. Tous, hommes et femmes, doivent concourir à la paix, dans la complémentarité de leur sensibilité et de leur rôle propre. Ainsi les femmes, liées intimement au mystère de la vie, peuvent beaucoup pour faire progresser l’esprit de paix, dans leur souci d’assurer la préservation de la vie et dans leur conviction que l’amour véritable est la seule force qui puisse rendre le monde habitable pour tous.

La paix est multiforme. Il y a la paix entre les nations, la paix dans la société, la paix entre citoyens, la paix entre communautés religieuses, la paix à l’intérieur des entreprises, des quartiers, des villages, et, en particulier, la paix au sein des familles. Bienheureux les artisans de paix ! Que l’on joigne toujours la lucidité à la générosité ! Que la paix soit plus vraie et s’enracine au cœur même de l’homme ! Que le cri des hommes meurtris qui attendent la paix soit entendu ! Que chacun engage toute l’énergie d’un cœur renouvelé et fraternel à bâtir la paix dans tout l’univers !

Dieu nous en donne la force.

Hugues Hector ZOGO
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