Développement des peuples

GUERRE POUR L’ENTREPRENEURIAT EN AFRIQUE : Arme antichômage pour la liberté des jeunes ?

GUERRE POUR L’ENTREPRENEURIAT EN AFRIQUE : Arme antichômage pour la liberté des jeunes ?

L’entrepreneuriat est encore peu développé chez les jeunes et les créateurs d’entreprise se heurtent à des difficultés considérables, notamment au manque d’accès à des financements abordables, à des services d’accompagnement et de conseil et à des actions de formation, auquel s’ajoutent des obstacles administratifs. Ce qui fonctionne pour promouvoir la croissance des entreprises et l’entrepreneuriat, c’est une ouverture à l’économie mondiale, un environnement propice aux entreprises et à l’investissement, des taux d’épargne et d’investissement élevés, une bonne gouvernance, une mobilité de la main-d’œuvre et une cohésion sociale avec une stabilité politique…

Audrey SOTOMEY (Banque Finance et Assurance, Licence 2)
Créer des emplois décents pour les jeunes est l’un des défis les plus urgents de l’après-2015 en
Afrique. La moitié de la population de la région a moins de 25 ans. L’Afrique subsaharienne devrait connaître la plus forte croissance de la population en âge de travailler du monde jusqu’en 2030. Entre 2015 et 2030, il faudra créer chaque année 5 millions d’emplois rien que pour suivre le rythme de l’augmentation de la main-d’œuvre. Le chômage des jeunes doit être éliminé de l’Afrique et les populations doivent pleinement avoir accès à l’éducation, à la formation, aux compétences et aux technologies – à l’emploi et aux opportunités économiques.

Durant les dix prochaines années, le continent connaîtra la plus forte croissance de la population en âge de travailler dans le monde. Les démographes parlent de dividende démographique, c’est-à-dire de la baisse mécanique des dépenses consacrées à la population dépendante, libérant des ressources pour le développement économique. Mais pour profiter de cette opportunité, les pays africains doivent faire face à un immense défi en matière de création d’emplois. Déjà, 60 % des jeunes Africains seraient sans emploi. Et chaque année, plus de 10 millions de jeunes actifs entreront sur le marché du travail. L’incapacité des gouvernements et du secteur privé à satisfaire leurs attentes pourrait aussi être une source d’instabilité politique et sociale pour la région et au-delà. Tous ces jeunes dans la rue à ne rien faire, sont de gros problèmes en perspective.

Pour un nombre grandissant de décideurs politiques et de bailleurs de fonds, la promotion de la création d’entreprises apparaît comme une solution pour multiplier les emplois dont le continent a tant besoin. Au cours de la prochaine décennie, les principaux débouchés économiques viendront des africains qui montent des entreprises, créent des emplois et de la richesse, et saisissent des opportunités de croissance. Sur le continent, la fonction publique et le secteur privé emploient moins de 10 % de la population active, mais l’immense majorité des actifs travaillent dans le secteur informel. Et, très souvent, ils ont créé leur propre emploi, c’est le capitalisme de soi. Parmi toutes les régions du monde, l’Afrique subsaharienne concentre en effet la plus forte proportion (60 %) de créateurs d’entreprise potentiels parmi les 18-35 ans. Toutefois, 32 % d’entre eux sont poussés par la nécessité, ce qui signifie que l’esprit d’entreprise est perçu comme une stratégie de survie et non pas comme une opportunité pour faire des affaires.

Si l’entrepreneuriat est encore peu développé sur le continent, c’est parce que les créateurs d’entreprise se heurtent à des difficultés considérables : ils peinent à accéder à des financements abordables ainsi qu’à des services d’accompagnement et de conseil, ils sont confrontés à des obstacles administratifs et plus généralement à un manque d’encouragement de la société dans son ensemble. Trop de jeunes en Afrique consacrent encore trop d’énergie et de moyens au service de leurs aînés, alors même que ces derniers, par leurs expériences et leurs réseaux, pourraient être des soutiens pertinents à l’ambition de leurs descendants. Le hiatus vient aussi du décalage abyssal entre les besoins du secteur privé en matière de compétences et les savoirs acquis par les élèves et étudiants à l’issue de leur cursus scolaire. En Afrique, on ne devrait parler que d’enseignement professionnel, mais c’est encore très marginal. Il faut absolument faire évoluer cette situation parce que dans certains pays, plus on va à l’université, moins on a de chances de trouver un emploi. Doter un jeune de réelles compétences techniques, c’est en faire un potentiel chef d’entreprise capable de créer des emplois. Au Bénin, ce combat est mené par Fabrice SONOU, fondateur de l’Institut universitaire« Les Cours SONOU ». Le constat de cet échec des systèmes scolaires africains est également fait par les pouvoirs publics. Les jeunes diplômés sont les plus touchés par le chômage du fait de l’incohérence entre les filières proposées et les besoins des employeurs, ainsi que par le manque de stimulation des capacités entrepreneuriales dans les cursus. Mais la montagne à gravir par les universités pour changer la donne paraît presque infranchissable. 

Sur le front de la promotion de l’entrepreneuriat, les États peuvent néanmoins compter sur l’implication grandissante du secteur privé. Les multinationales, qui voient dans l’Afrique un territoire de croissance pérenne, se rendent compte qu’elles ne peuvent pas prospérer sans le développement d’un écosystème de PME et de PMI. Du côté des institutions de développement, la valorisation de l’entrepreneuriat est aussi dans l’air du temps. Pour décupler leur impact, les politiques de promotion de l’entrepreneuriat devraient en outre s’inscrire systématiquement dans une vision plus large, incluant par exemple, pour les multinationales, des obligations de transfert de compétences, de production locale et de recours à des fournisseurs nationaux dans un certain nombre de secteurs.

Author

Hugues Hector ZOGO

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