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Chroniques républicaines

HOMÉLIE DE S.Em. LE CARDINAL GANTIN LORS DE LA MESSE POUR LES JEUNES D’OCÉANIE : XV° Journée mondiale de la Jeunesse, août 2000

“Allez donc! de toutes les Nations faites des disciples” (Mt 28, 16)

Chers jeunes pèlerins jubilaires
frères et sœurs, amis d’Océanie,


Votre présence massive et colorée à cet historique rendez-vous ecclésial, spirituel et missionnaire ne passe inaperçue aux yeux de personne.

Mais ce que je voudrais saluer avant tout, en voyant, en revoyant, au-delà des apparences, la profondeur et la vivacité de votre dynamisme légendaire, c’est justement la richesse et la valeur précieuses que votre participation aux JMJ de ce grand Jubilé 2000, apportera, sans nul doute, au monde et à l’Eglise entière.

Tout le monde vous admire et vous entoure de respect. Je puis témoigner de votre amour pour Rome et de votre attachement filial au Pape, à ce Pape Jean-Paul II. C’est lui qui ira vous apporter le résultat de votre Synode continental.

Je m’associe volontiers aux sentiments et aux souhaits que nourrissent pour vous, non seulement vos Evêques, vos pères et pasteurs dans la foi, qui vous ont accompagnés jusqu’à Rome, mais aussi ces nombreux amis de vos terres lointaines qui vous connaissent mieux que personne. A eux s’ajoutent, de par le monde, et particulièrement en Europe, tant et tant d’hommes et de femmes qui, à des titres divers, ont tissé avec les innombrables pays et îles de l’immense Océan Pacifique, des liens profonds de foi, d’affection et d’échanges culturels ou économiques.

– Dans le cadre très significatif et si fraternel des Journées mondiales de la Jeunesse, vous avez ici des prêtres, des religieux entièrement dévoués à la cause des Océaniens, tel votre frère et ami, connu entre tous, le Père Jean-Yves Riocreux dont le coeur est aussi néo-calédonien que fançais. Il est le curé de Saint-Ferdinand à Paris et aumônier de tous les Océaniens en France, à quelque région, langue et culture qu’ils appartiennent.

La preuve la plus éclatante de cette grande solidarité fraternelle, amicale et chrétienne sans frontières, c’est la sympathie générale et chaleureuse qui vous a accueillis, aujourd’hui comme toujours en cette Rome, en cette Ville unique et glorieuse, qui appartient à tout le monde.
Le Pape vous aime:  c’est tout dire.

Et vous voici au milieu de ces foules nombreuses, diverses, vivantes et enthousiastes:  Elles sont présentes ici avec ce qui constitue l’un des plus grands trésors de toute société et de toute famille spirituelle et religieuse:  je veux dire sa jeunesse!

Vivent donc tous vos jeunes, garçons et filles, d’ici et d’ailleurs!

Et moi comme vous, chrétien venu de loin, c’est-à-dire du continent africain que l’Evangile de Jésus-Christ a visité parmi les derniers, je me sens particulièrement proche de vous.

Avec vous, au cours de cette Célébration eucharistique mise sous le signe de l’Evangélisation des Peuples, je sens également le devoir d’exprimer une spéciale et profonde gratitude envers tous ceux et celles qui, au siècle dernier surtout, ont obéi à l’appel de Dieu, souvent au prix de grands sacrifices y compris celui de leurs vies, pour aller nous communiquer le meilleur d’eux-mêmes:  la Foi en l’Unique Sauveur, Jésus-Christ.

Nous nous retrouvons ainsi comme frères et soeurs en ce qui concerne la dette insolvable de la reconnaissance. Mais c’est justement en raison de cela que nous voici aujourd’hui, nous aussi, appelés à “devenir nos propres missionnaires”; appelés par Dieu à partager avec d’autres hommes et d’autres pays tout ce que nous avons généreusément et gratuitement reçu…

– S’il est une magnifique et impérative occasion de vivre et de partager entre nous ce que notre Pape Jean Paul II a qualifié d’une très belle expression:  “l’échange des dons”, n’est-ce pas ce grand moment de grâce où tant de jeunes chrétiens de partout se trouvent rassemblés pour s’unir, pour prier, pour témoigner, pour s’enrichir mutuellement de leurs différences et de leurs nombreuses cultures propres.

– Ici, nous nous souvenons de ce que disait l’Apôtre Pierre, le tout premier Pape de notre histoire religieuse, parti de Jérusalem pour venir à Rome, en ce lieu de son martyre:  “Vous êtes, écrivait-il, une race élue, un sacerdoce royal… un peuple acquis pour annoncer les louanges de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière” (1 P 1, 9).

– Quelle merveille de Dieu, en effet, que nous nous retrouvions, nous aussi, pleinement, à titre égal, concernés par toutes les implications et dimensions du même thème général choisi par Jean-Paul  II  comme  la  source de notre réflexion, l’âme de notre recherche et la lumière d’orientation de toute la démarche spirituelle et évangélique de ces XV Journées mondiales de la Jeunessé! Il s’agit de la Parole fondatrice et deux fois millénaire, mais toujours nouvelle, que saint Jean, l’Apôtre bien-aimé, nous a laissée au seuil de son Evangile:  “au Commencement était le Verbe… Et le Verbe s’est fait chair et il a demeuré parmi nous” (Jn 1, 1-14).

C’est précisément en vertu de cette Vérité révélée de l’lncarnation, c’est-à-dire de l’insertion totale, profonde et définitive de Dieu dans la Condition humaine tout entière, excepté le péché, que toutes les composantes de nos identités vitales et culturelles, prennent sens, valeur et importance.

– D’autre part, ce que les anciens Pères de l’Eglise nommaient déjà “Semina Verbi”, les “Semences du Verbe” dans les cultures, nous pouvons nous glorifier, nous aussi, d’en être les destinataires et les dépositaires, à des degrés divers.

Ces semences sont plus ou moins présentes et opérantes, plus ou moins reconnues dans nos traditions et religions primitives, mais, ce qui est sûr, c’est qu’elles ont été des prédispositions providentielles pour accueillir chez nous, en temps voulu, le Don en plénitude et sans retour, de la Vie même de Dieu en Jésus-Christ.

N’est-il pas “venu, le Christ, pour nous donner, à nous aussi, la Vie de Dieu en abondance”?

– Ici permettez-moi de dire quel est mon témoignage personnel, à la suite des contacts multiples et renouvelés, même trop rapides, que Dieu m’a donné la joie et le privilège de réaliser, en visitant les peuples et les hommes de votre immense et captivante ère géographique de l’Océanie. Je vous connais depuis bientôt 30 ans que je suis en service à Rome.

– Il existe, on le sait, deux attributs essentiels de la Magnificence Divine. Ils sont clairement personnifiés dans le Verbe Incarné, en vue de la qualification de l’Homme:  je veux parler de la Bonté et de la Beauté.

Ces deux traits me semblent caractériser, de façon notoire, l’être et le paraître de nos frères et soeurs océaniens, fils et filles de cette partie originale de notre vaste monde.

– Quel visiteur étranger, en effet, ne se sent pas profondément touché par l’accueil empressé, souriant et cordial de ces gens qui vous reçoivent si bien, à l’autre bout du monde, après un voyage interminable et fatigant? Des fleurs à l’arrivée, des perles au départ! Vous avez droit à ces colliers d’amitié qui ne se fanent jamais. Ce sont des cadeaux précieux et inoubliables.

– Ce sont surtout des signes d’une proximité fraternelle, qui réjouissent les yeux et émeuvent le coeur, en vous laissant nostalgique d’une humanité où se reflètent la Bonté de Dieu et la Tendresse du Christ envers tout homme et toute femme.

Car ce sont des signes qui ne trompent pas. Ils donnent à penser que l’Evangile a dû trouver, en ces âmes si délicates, des terrains propices à l’accueil et à l’épanouissement du Verbe de Dieu.

– Et que dire aussi du mystère de la Beauté  dont Paul VI, le Pape artiste, pensait que “le Christ en est la Révélation la plus parfaite, la plus authentique et la plus séduisante”?

Il commentait ainsi, comme “expert en humanité”, l’épisode évangélique fulgurant de la Tansfiguration du Seigneur Jésus. C’est précisément un 6 août, date où l’Eglise fête ce Mystère du Thabor que le Seigneur a choisi pour rappeler à Lui, il y a 22 ans, ce grand Pape Montini.

La beauté des pays et des paysages, la beauté de ceux et celles qui les habitent; la splendeur des mers et des îles; la féerie des aurores et des crépuscules; le festival des fleurs; la jubilation des oiseaux comme l’enchantement de la faune et de la flore exotiques à côté du mystère des êtres infiniment petits, et de la surprise des géants; la pureté de l’air, de l’eau et du firmament, l’immensité des espaces et la variété des horizons…  tout  cela qui s’impose au regard,  vous invite irrésistiblement à louer le Créateur qui s’est émerveillé lui-même devant son propre chef d’oeuvre:  “Yahvé trouva que sa création était bonne et belle”, fait remarquer la Bible, à plusieurs reprises.
Si ces jours exceptionnels de Rome, chargés de grands messages sont faits pour nous enrichir mutuellement, alors il faut croire que tout ce que nous pouvons recevoir de nos jeunes garçons et filles de l’Océanie devient merveilleux et incomparable. Nous ne sommes, envers eux, dès maintenant, que gratitude et reconnaissance. Et notre Eucharistie est là pour offrir au Seigneur notre immense Merci.

– Certes Jésus-Christ, seul, Dieu et Homme, dépasse infiniment en bonté et en beauté tout être créé. Mais il est bon pour nous de savoir que c’est encore Lui, toujours Lui, qui donne sens et valeur à notre soif de l’absolu, à notre faim de plénitude, à notre recherche inlassable de Vérité et d’amour.

Le psalmiste, déjà, nous encourageait beaucoup, et nous honorait également, quand il disait que:  “…les pauvres de Yahvé ont vu le Seigneur:  c’est pourquoi ils sont en fête… Vie et Joie donc à vous qui cherchez Dieu” (Ps 68, 33).

– Je pensais à cela, l’autre soir, à Saint Pierre, lorsque Jean-Paul II nous a tous éblouis par sa vigueur, sa jeunesse, son ardeur…

Il nous aide ainsi à nous laisser renouveler par la force, par la bonté et par la beauté de l’Esprit de Dieu, toujours ancien et toujours jeune.

– Que dire enfin devant nos nombreux frères et soeurs d’Océanie et devant leurs amis, encore plus nombreux, venus aujourd’hui à la Trinité-des-Monts, afin de prier avec eux et pour eux! Simplement et affectueusement, nous  leur  souhaitons  de  profiter  au maximum des torrents de grâces que Dieu fait couler à travers Rome pour son Eglise et pour le monde, en ces jours inoubliables…

– Vivent tous ces jeunes, aujourd’hui des fleurs, demain des fruits!

“Voici que du Levant au Couchant, le Nom du Seigneur est grand parmi toutes les Nations!” (Ml 1, 11).

Amen.

Author

Hugues Hector ZOGO

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