Connaissez-vous les talentueux intellectuels en pagne ? Discutez-vous avec les as de niveau primaire ? Dialoguez-vous avec les brillants sages de campagne ? Côtoyiez-vous les analphabètes penseurs extraordinaires ? Mais qu’est-ce qui me prend ? Arrêtons maintenant avec tant de questions et apprécions ensemble cette richesse du peuple béninois. Si les week-ends n’existaient pas au Bénin, il aurait fallu les inventer. Les week-ends sont si précieux que nombre de Béninois passent des journées entières à préparer les festivités de fin de semaine. Les fidèles adeptes de ces ferveurs festives s’arrangent pour tout mettre au point pour un week-end plein à ras bord. Ceux d’entre eux qui sont fonctionnaires de l’Etat s’associent le téléphone du bureau pour tout arranger.

Rien en effet ne doit être laissé au hasard. S’ensuivent alors de longs moments de monologue au téléphone avec un interlocuteur invisible. Le client lui sera toujours pour ses frais. Ou bien il se retrouve devant un fonctionnaire en pleine conversation, gesticulant, le combiné du téléphone à la main, ou bien, médusé, il se voit le lundi matin en butte à un fêtard du week-end, la mine ensommeillée et le baîllement généreux. C’est pourquoi si Dieu n’avait créé que cinq jours de la semaine sans penser à créer le samedi et le dimanche, il aurait commis une faute irréparable. Les Béninois lui auraient peu pardonné une omission aussi grave. Et pour cause ! Les week-ends sont pour ces gens des jours très prisés et chargés de lourds et riches programmes : enterrements, enlèvement de deuil, cérémonies de fin d’apprentissage, et de toutes choses qui offrent des occasions de retrouvailles et de fêtes hautes en couleurs ! Tout est mis en place pour un étalage de faste et un gaspillage de fonds sans pareil. Mais la cause est depuis longtemps entendue et chacun s’en accommode tout en déplorant secrètement.

Prenons à tout hasard le cas des enterrements et des enlèvements de deuils. Le rituel est immuable : annonces nécrologiques à grands frais à la radio, à la télévision, et dans les journaux, impressions d’innombrables cartes de décès, et publicité de parents, de familles alliées, d’amis à amis.

Les vendeurs de cercueils se frottent les mains pour cause de floraison d’un commerce utile certes mais combien lugubre !

Quand ces marchands de morts se plaignent de mévente, on a tout simplement envie de s’arracher les cheveux ! Les après-midi des vendredis et les matinées des samedis, c’est un véritable marché qui s’anime autour des morgues. Endimanché malgré la douleur, partagé entre la tristesse et de perdre un être cher et la fierté de lui offrir des obsèques qui satisfont l’ego des vivants que du mort, chacun s’active à retirer le corps de son défunt. Dans la confusion qui se crée à cette occasion, il arrive même que, par mégarde, on intervertisse les corps. On récupère la dépouille d’un autre à la place du coprs étendu. Il découle de cette douloureuse méprise quelques drames qu’on gère comme on peut mais là c’est une autre histoire.

Les vendeuses de pagne, elles, se frottent toujours les mains et ne boudent guère leur plaisir. On n’imagine pas au Bénin des obsèques sans confection d’uniformes. Y aurait-il pire hérésie ? Il n’est pas nécessaire d’avoir de l’argent sur soi pour acquérir ce qu’il faut, on peut l’acheter à crédit. Tout ne s’arrête pas au pagne.

Il ne faut surtout pas rater la parade du jour de l’enterrement ou de la journée d’enlèvement de deuil. Le premier rite, classique celui-là, est celui de l’Eglise, du Temple ou de tous les autres lieux de culte. On s’arrange pour se rappeler que l’on fait partie d’une communauté religieuse. La solidarité africaine se manifeste partout et de mille manières. Commence alors le ballet incessant des voitures haut de gamme, les fameuses 4 fois 4 devenus les compagnons incontournables des grandes cérémonies dans ce pays. Curés et pasteurs s’appliquent bien évidemment à leur office religieux mais il faut chercher à savoir si tous les participants ont leur esprit à l’Eglise ou s’il vogue vers la maison mortuaire où un grand nombre de gens s’affairent déjà aux préparatifs de la réception.

Pour une sérieuse résolution des problèmes qui nous rongent, disons-nous les uns aux autres que la balle est dans le camp de tous. Que faisons-nous de l’ordonnance numéro 11/PR/M.J.L publiée au Journal Officiel du 15 mai 1967 qui interdisait les cérémonies ruineuses ? Quand parviendrons-nous à réduire les grosses sommes utilisées pour les cérémonies ?

Hugues Hector ZOGO


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