Mémoire Héritage

La paix fleurit quand les droits humains sont observés intégralement, tandis que la guerre naît de leur violation et devient ensuite cause de violations ultérieures plus graves encore. Quand la promotion de la dignité de la personne est le principe qui nous guide, quand la recherche du bien commun constitue l’engagement prédominant, alors sont posés des fondements solides et durables pour l’édification de la paix. Quand, au contraire, les droits humains sont ignorés ou méprisés, quand la poursuite d’intérêts particuliers prévaut injustement sur le bien commun, alors sont inévitablement semés les germes de l’instabilité, de la rébellion et de la violence. La dignité de la personne humaine est une valeur transcendante, toujours reconnue comme telle par ceux qui se sont appliqués à une recherche sincère de la vérité. Toute l’histoire de l’humanité doit en réalité être interprétée à la lumière de cette certitude. Toute personne, créée à l’image et à la ressemblance de Dieu et donc radicalement orientée vers son Créateur, est en relation constante avec ceux qui sont revêtus de la même dignité. La promotion du bien de l’individu s’associe ainsi au service du bien commun, là où les droits et les devoirs se correspondent et se renforcent mutuellement.

La Déclaration universelle est claire : elle reconnaît les droits qu’elle proclame, elle ne les confère pas ; ceux-ci sont en effet inhérents à la personne humaine et à sa dignité. La conséquence en est que personne ne peut légitimement priver de ces droits l’un de ses semblables, quel qu’il soit, car cela signifierait faire violence à sa nature. Tous les êtres humains, sans exception, sont égaux en dignité. Pour la même raison, ces droits concernent toutes les étapes de la vie et tout contexte politique, social, économique ou culturel. Ils forment un ensemble unitaire, qui tend clairement à promouvoir tout aspect du bien de la personne et de la société. Les droits humains sont traditionnellement regroupés en deux grandes catégories qui comprennent, d’une part, les droits civils et politiques, et, d’autre part, les droits économiques, sociaux et culturels. Des accords internationaux garantissent, même si c’est à des degrés divers, les deux catégories ; les droits humains, en effet, sont étroitement associés, car ils sont l’expression de dimensions diverses de l’unique sujet qu’est la personne. La promotion intégrale de toutes les catégories de droits humains est la vraie garantie du plein respect de chacun des droits.

La défense de l’universalité et de l’indivisibilité des droits humains est essentielle pour la construction d’une société pacifique et pour le développement intégral d’individus, de peuples et de nations. L’affirmation de cette universalité et de cette indivisibilité n’exclut pas, en fait, des différences légitimes d’ordre culturel et politique dans la mise en œuvre des divers droits, à condition que soient respectés dans chaque cas les niveaux fixés par la Déclaration universelle pour l’humanité entière. Ayant bien présents à l’esprit ces présupposés fondamentaux, je voudrais maintenant mettre en lumière quelques droits spécifiques qui paraissent aujourd’hui particulièrement exposés à des violations plus ou moins ouvertes. Le premier est le droit fondamental à la vie. La vie humaine est sacrée et inviolable de sa conception à sa fin naturelle. Le commandement divin « Tu ne tueras pas » marque une limite extrême au-delà de laquelle il n’est jamais licite d’aller. « Tuer directement et volontairement un être humain innocent est toujours gravement immoral ».

Le droit à la vie est inviolable. Cela implique un choix positif, un choix pour la vie. Le développement d’une culture orientée en ce sens s’étend à toutes les circonstances de l’existence et assure la promotion de la dignité humaine en toute situation. De même qu’une vraie culture de la vie garantit le droit de venir au monde à celui qui n’est pas encore né, de même elle protège les nouveau-nés, en particulier les filles, du crime d’infanticide. Pareillement, elle assure aux porteurs de handicap le développement de leurs potentialités, et, aux malades et aux personnes âgées, des soins adaptés. Il ressort des récents progrès de la technique génétique un défi qui suscite de profondes inquiétudes. Pour que la recherche scientifique dans ce domaine soit au service de la personne, il faut qu’elle soit accompagnée à chaque étape d’une réflexion éthique attentive, qui inspire des normes juridiques aptes à sauvegarder l’intégrité de la vie humaine. Jamais la vie ne peut être réduite à un simple objet. Choisir la vie comporte le rejet de toute forme de violence : celle de la pauvreté et de la faim, qui atteint d’innombrables êtres humains ; celle des conflits armés ; celle de la diffusion criminelle des drogues et du trafic des armes ; celle des dommages inconsidérés à l’environnement naturel. En toute circonstance, le droit à la vie doit être promu et protégé par les garanties légales et politiques adéquates, car aucune offense au droit à la vie, à la dignité de toute personne, n’est sans importance. La religion exprime les aspirations les plus profondes de la personne humaine, elle détermine sa vision du monde, elle guide ses rapports avec les autres : au fond, elle donne la réponse à la question du vrai sens de l’existence dans le domaine personnel et social. La liberté religieuse constitue donc le cœur même des droits humains. Elle est tellement inviolable qu’elle exige que soit reconnue à la personne la liberté même de changer de religion, si sa conscience le demande. Chacun, en effet, est tenu de suivre sa conscience en toute circonstance et personne ne peut être contraint d’agir contre elle. C’est précisément pourquoi personne ne peut être obligé à accepter de force une religion déterminée, quelles que soient les circonstances ou les motivations.

La Déclaration universelle des Droits de l’Homme reconnaît que le droit à la liberté religieuse inclut celui de manifester sa croyance, seul ou avec d’autres, en public ou en privé. Malgré cela, il existe encore aujourd’hui des lieux où le droit de se réunir pour des motifs de culte soit n’est pas reconnu soit est limité aux membres d’une seule religion. Cette violation grave de l’un des droits fondamentaux de la personne est cause d’énormes souffrances pour les croyants. Quand un État accorde un statut spécial à une religion, cela ne peut se faire au détriment des autres. Des communautés et des peuples de convictions et de cultures religieuses différentes entretiennent parfois entre eux des tensions croissantes qui, en raison des fortes passions qui sont impliquées, finissent par se transformer en violents conflits. Le recours à la violence au nom de son propre credo religieux constitue une déformation des enseignements mêmes des grandes religions. L’usage de la violence ne peut jamais trouver de justifications religieuses fondées ni promouvoir la croissance du sentiment religieux authentique.

Tout citoyen a le droit de participer à la vie de sa Communauté : c’est là une conviction partagée d’une manière générale. Toutefois, ce droit est rendu vain quand le processus démocratique est vidé de sa force par le favoritisme et les phénomènes de corruption, qui non seulement empêchent la légitime participation à la gestion du pouvoir, mais interdisent l’accès à un juste usage des biens et des services communs. Même les élections peuvent être manipulées afin d’assurer la victoire de certains partis ou de certaines personnes. C’est là un affront à la démocratie qui comporte de graves conséquences, car les citoyens ont le droit mais aussi la responsabilité de participer ; quand ils en sont empêchés, ils perdent l’espoir de pouvoir intervenir efficacement et ils s’abandonnent à une attitude de désintérêt passif. Le développement d’un sain système démocratique devient ainsi pratiquement impossible. L’une des formes les plus dramatiques de discrimination consiste à refuser à des groupes ethniques et à des minorités nationales le droit fondamental d’exister en tant que tels. Pour ce faire, on les supprime ou on les transfère brutalement, ou encore on cherche à affaiblir leur identité ethnique de façon qu’ils ne soient plus identifiables. Peut-on garder le silence devant des crimes si graves contre l’humanité ? Aucun effort ne doit être considéré comme excessif quand il s’agit de mettre fin à de telles aberrations, indignes de la personne humaine.

Tout être humain possède des capacités innées qui attendent d’être développées. Il en va de la pleine réalisation de la personnalité de chacun et aussi de son insertion convenable dans le contexte social de son milieu. C’est pourquoi il est nécessaire avant tout de pourvoir à l’éducation appropriée de ceux qui se présentent sur la scène de la vie ; leur réussite future en dépend. Quand on limite les occasions de formation, spécialement pour les petites filles, on prépare des structures de discrimination qui peuvent avoir une incidence sur l’ensemble du développement de la société. Il y a un autre droit fondamental, dont dépend comme une conséquence, s’il est respecté, un digne niveau de vie : le droit au travail. Comment, sans travail, peut-on pourvoir à l’alimentation, à l’habillement, au logement, aux soins médicaux et à tant d’autres nécessités vitales ? Pourtant, le manque de travail est aujourd’hui un grave problème. Il est nécessaire et urgent que tous, en particulier ceux qui détiennent les leviers du pouvoir politique ou économique, fassent tout ce qui est possible pour porter remède à une situation aussi pénible.

La promotion du droit à la paix assure en quelque sorte le respect de tous les autres droits, car elle favorise la construction d’une société à l’intérieur de laquelle les rapports de force sont remplacés par les rapports de collaboration en vue du bien commun. L’actualité montre amplement la faillite du recours à la violence comme moyen de résoudre les problèmes politiques et sociaux. La guerre détruit, elle ne construit pas ; elle affaiblit les fondements moraux de la société et elle crée de nouvelles divisions et des tensions durables. Pourtant, la chronique continue à enregistrer des guerres et des conflits armés faisant d’innombrables victimes. La guerre est la faillite de tout humanisme authentique. Pour promouvoir une culture des droits humains qui anime les consciences, il faut la collaboration de toutes les forces sociales. Je voudrais mentionner explicitement le rôle des médias, si importants dans la formation de l’opinion publique et, par conséquent, dans l’orientation des comportements des citoyens. De même que l’on ne saurait nier qu’ils ont une certaine responsabilité dans des violations des droits humains qui ont leur origine dans l’exaltation de la violence qu’ils cultivent éventuellement, de même il faut aussi leur attribuer le mérite des nobles initiatives de dialogue et de solidarité qui se sont développées grâce aux messages qu’ils ont diffusés en faveur de la compréhension réciproque et de la paix.

Author

Hugues Hector ZOGO

Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Mémoire Héritage | Contenu privé